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Le fromage de la plaine
bonifiée
Au
XIIe siècle, les moines bénédictins et cisterciens
lancèrent dans la Plaine du Pô une œuvre imposante
d’assainissement et de déboisement, en donnant ainsi
une nouvelle impulsion à l’agriculture et à l’élevage,
y compris de bovins, à utiliser pour la production du lait
et pour les travaux des champs.
Bien vite, toutefois, il fallut trouver la manière de conserver
le lait produit car sa production dépassait les besoins.
La solution fut vite trouvée car les moines qui avaient expérimenté
depuis longtemps la manière de faire cailler le lait pour
le transformer en fromage frais, trouvèrent une nouvelle
voie : en utilisant la chaleur pour favoriser l’écoulement
du caillé, ils obtinrent un formage plus consistant et se
conservant plus longtemps.
Un fromage à pâte dure vit ainsi le jour dans les monastères
et on s’aperçut qu’avec l’affinage, il
gagnait considérablement en saveur et en intensité.
C’est ainsi que les moines commencèrent à produire
avec régularité ce fromage, obtenu aussi avec le lait
acheté aux paysans ou sur les marchés, en créant
dans les monastères des locaux destinés à la
transformation du lait, avec des chaudières pour la cuisson
et des ustensiles spécifiques pour la production du fromage.
C’est ainsi qu’apparurent de nouvelles figures professionnelles
comme le maître fromager qui, sous le contrôle des moines
et suivant les règles dictées par ces derniers, s’occupait
matériellement de la production du fromage, en en suivant
les différentes phases jusqu’à l’affinage.
Le
fromage obtenu était appelé alors “caseus vetus”,
vieux fromage, mais avec le temps, on lui donna le nom de “grana”
du fait de l’aspect granuleux de la pâte.
À la fin du XIIe siècle, la commercialisation du “caseus
vetus” était déjà une réalité
consolidée bénéficiant de son propre réseau
commercial et de filiales dans les villes les plus importantes.
Le fromage devint célèbre sous des noms qui rappelait
sa zone de provenance, comme l’attestent des documents de
l’époque : lodesano, piasentino, melanese et parmesano.
Sous Frédéric II, au début du XIIIe siècle,
le “formaggio di grana” avait atteint une telle réputation
et valeur que les meules étaient utilisées comme marchandise
d’échange et de paiement et étaient devenues
une tradition pour les cadeaux de prestige. À la Renaissance,
il arriva sur les tables des seigneurs de toute l’Europe sous
les noms de melanese, lodesano, formai de Codogno, piasentino, brassiano,
mantovano, veneto, même si le nom de “grana” s’affirmait
peu à peu sur tous les autres, indépendamment du territoire
de provenance restreint.
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